|
Sur la dynamique des classes dans
le "Manifeste Communiste"
Juan Arturo Grompone
Le "Manifeste Communiste" [ 4 ] [ 5] et "Le Capital"
[ 6 ] sont les deux pièces fondamentales de la doctrine politique,
historique et économique de la gauche contemporaine. Dans ces documents
l’histoire et l’économie de la société capitaliste
sont étudiées avec beaucoup de détails. On trouve
aussi des éléments pour comprendre les formations sociales
du passé. L’idée de classe sociale, la naissance, la dynamique
et la destruction de classes sont des sujets présentés dans
le "Manifeste" mais clairement incomplets dans "Le Capital" . Pire que
ça, le "Manifeste" présente l’idée de classe sociale
d’une double manière et ce point semble être le seul qu’il
faut revoir, non seulement par ses conséquences théoriques
mais par l’application pratique qu’on a fait toujours de cette idée.
Dans le "Manifeste" on ne cite que les sociétés
et le classes suivantes:
| société |
classe dominante |
stamenta |
classe dominée |
| Rome ancienne |
patriciens |
chevaliers, plébéiens |
esclaves |
| Moyen Age |
seigneurs féodaux |
vassaux, maîtres artisans,
compagnons |
serfs |
| Capitalisme |
bourgeoisie |
classes moyennes |
prolétariat |
Les idées de classe dominante et classe dominée
sont bien établies dans le texte, aussi bien que l’existence des
stamenta
sociaux situés dans une zone intermédiaire. On ne peut mettre
en doute de l’existence de rébellions d’esclaves dans les sociétés
esclavagistes; de l’existence de rébellions de paysans dans les
sociétés féodales ou de révolutions des prolétaires
dans la société capitaliste. La lutte de classes est aussi
un élément bien établi et connu dans la pensée
marxiste.
L’idée de lutte de classes et de l’avenir
de la société capitaliste a une expression très claire
et on peut l’appeler la thèse marxiste orthodoxe:
De toutes les classes qui, de nos jours, se
trouvent en conflit avec la bourgeoisie, le prolétariat seul est
une classe vraiment révolutionnaire.
(...)
la première étape de la révolution
ouvrière, c’est la constitution du prolétariat à la
classe régnante
(...)
Si le prolétariat (...) s’érige,
par une révolution, en classe dirigeante (...) [ 5 ] |
Cette thèse déclare le caractère
révolutionnaire du prolétariat -une classe dominée
dans la société présente- et aussi affirme que ce
sera celle qui deviendra la nouvelle classe dominante.
Dans le "Manifeste" il existe une seconde thèse
sur la dynamique de classes qui exprime la transformation d’une classe
en autre. On peut appeler cette thèse, la thèse marxiste
hétérodoxe.
Du le commencement du texte on sait que:
| L’histoire de toute société
passée est l’histoire de luttes de classes. (...) une lutte (...) qui, chaque
fois, finit par une transformation révolutionnaire de
la société tout entière ou par la destruction commune
des classes en lutte. [ 5 ] |
Il n’existe qu’un exemple précis de cette
transformation, c’est le cas de la naissance des classes dans la société
capitaliste:
| La société bourgeoise moderne,
issue de l’effondrement de la société féodale (…)
Des serfs du moyen âge ont donné naissance aux bourgeois établis
hors barrière des premières villes ; de cette bourgeoisie
établie hors barrière se développèrent les
premiers éléments de la bourgeoisie. [ 5 ] |
Cette idée est claire aussi, bien établie
et sans doutes. Dans les textes qui suivent Marx ne modifie jamais cette
idée, mais il ne la développe pas en avant. Cette thèse
hétérodoxe sur la dynamique de classe est contraire à
l’idée central du "Manifeste", à l’idée du caractère
révolutionnaire du prolétariat, à la action de la
International de Travailleurs, à tous les idées de lutte
du prolétariat et à l’idée de que le prolétariat
deviendra la future classe dominante dans une nouvelle société.
On peut essayer de faire une énoncée
précise de deux thèses:
| Thèse orthodoxe: La classe dominée,
en se transformant en avant garde de la révolution sociale, devienne
ainsi la nouvelle classe dominante. |
| Thèse hétérodoxe:
un stamentum
de classes existantes -peut être au commencement sans aucune importance-
est celui que deviendra la classe révolutionnaire et aussi la classe
dominante dans la société future. |
Quelle est la vraie, l’orthodoxe ou l’hétérodoxe?
Les marxistes classiques ont toujours adopté la première
idée et n’ont jamais considéré la seconde. La révolution
en Russie a été la confirmation la plus évidente et
la plus concrète de la validité de la thèse orthodoxe.
Mais maintenant on peut se demander si c’est vraiment ainsi. L’expérience
historique de l’échec de la révolution soviétique
met tout cela en doute et considérer la thèse hétérodoxe
sous un nouveau point de vue.
Commençons d’abord en examinant le cas de
la société esclavagiste romaine qui n’a été
considéré en détail dans le "Manifeste". La révolution
sociale en Rome a été réalisée par les chrétiens.
Ce stamentum de la classe dominée -en paraphrasant le "Manifeste"-
est issu de l’effondrement de la société romaine. Esclaves,
affranchis et petits propriétaires libres des provinces ont été
le commencement du mouvement chrétien. Les premiers révolutionnaires
ont été des martyres. Aux martyres suivirent les évêques
qui pouvaient agir dans une certaine liberté. Puis les évêques
se sont organisés comme une fédération politique et
ont commencé à organiser une nouvelle société
.. Le temps s’est écoulé, d’abord les évêques
sont devenus les arbitres du pouvoir temporel et après les maîtres
de la terre, les grands propriétaires fonciers et la nouvelle classe
dominante. Evidemment la thèse hétérodoxe explique
bien la naissance de la société féodale européenne.
La thèse orthodoxe appliquée à
l’histoire romaine établie que l’empire aurait été
détruit par une révolte triomphale d’esclaves qui les transforma
en nouvelle classe dominante dans la société féodale
qu’ils ont construit après. Cette affirmation est contraire à
l’histoire.
La même situation est trouvé si l’on
étudie la destruction de la société féodale.
La thèse hétérodoxe suppose qu’un stamentum
de la classe dominée -les commerçants et les artisans urbains-
lors des diverses transformations ont changé les objectifs et sont
devenus les agents de transformation de la société. Finalement,
les vieux commerçants et artisans urbains ces sont transformés
en nouvelle classe dominante. Par contre, la thèse orthodoxe établie
une révolution de paysans qui deviennent les maîtres de la
situation et forment, finalement, la nouvelle classe dominante. On voit
bien que cette thèse est historiquement fausse et même contraire
à la lettre du la "Manifeste".
Malgré l’évidence que nous avons présentée,
la thèse orthodoxe a été, jusqu’à nos jours,
l’idée qui a guidé l’action des marxistes: le prolétariat
serait l’avant-garde de la révolution et puis deviendrait la nouvelle
classe dominante. Toutes les révolutions socialistes du XIX et XX
siècles ont été guidées par cette idée
de classe révolutionnaire. Les paysans et les fonctionnaires (salariés,
aussi bien que les ouvriers des usines) ont été toujours
considérés des éléments latéraux du
procès révolutionnaire; et même, souvent, comme contraires
à la révolution.
Les événements de l’histoire du socialisme
réel nous font penser autrement. Il est bien établi que
les paysans -un vestige de la ancienne société féodale-
ne peuvent pas être le stamentum révolutionnaire dans
la société capitaliste. Il semble aussi que les ouvriers
des usines sont eux aussi incapables de faire la transformation révolutionnaire
de la société. Les exemples du socialisme réel
sont un argument bien fort. Qu’est ce qu’il nous reste?
La société capitaliste n’est plus
une grand usine avec une énorme masse de salariés exploités
jusqu’aux limites possibles. Cette image était applicable à
la société du dernier siècle mais elle est fausse
actuellement. Le développement capitaliste a généré
des nouvelles stamenta parmi les salariés. Pas seulement
les intellectuels, les artistes, les professionnels libéraux sont
devenu salariés, mais aussi les chefs des usines, les directeur
des entreprises, les directeurs de corporations et même les présidents
des directoires des corporations multinationales. La société
capitaliste actuelle réorganise l’économie et les forces
productives vers une direction dans laquelle les secteurs agricole et manufacturier
sont une petite partie de la production et de la population des salariés.
Peut être que les deux secteurs compris sont-ils moins de la troisième
partie de l’économie capitaliste développée. Les deux
troisièmes parties sont occupées maintenant par les secteurs
qu’on appelle "services" -les artistes, les créateurs, les maîtres
et professeurs, les fonctionnaires, les administrateurs, etc.-. Tous ces
travailleurs et ce travail -que Marx a appelé toujours comme travailleurs
improductifs- sont maintenant la partie la plus importante de l’économie
capitaliste . Voilà une autre raison pour en douter de la thèse
orthodoxe du "Manifeste" sur le prolétariat.
L’application de l’idée hétérodoxe
à la dynamique des classes dans la société capitaliste
nous conduit à l’idée qu’un stamentum des salariés
-sans doute peu important- passera par différentes transformations
et deviendra l’avant-garde de la construction de la nouvelle société.
Eventuellement il deviendra la nouvelle classe dominante de la société
future . Cette stamentum peut appartenir, par exemple, au vaste
secteur de travailleurs salariés du secteur services dont personne
ne s’en occupe.
L’idée précédente expliquerait
un de points les plus obscurs dans la théorie du socialisme classique.
Marx et la plus parte des dirigeants politiques du prolétariat n’étaient
pas de prolétariens. Lénine considérait tout ça
une sorte d’"anomalie" mais peut être un signe claire de que l’avant
garde de la révolution appartient à un stamentum différent
à celui du prolétariat.
L’analyse réalisée nous conduit à
un dilemme de fer:
| Si la thèse marxiste orthodoxe est vraie, l’histoire donc n’a pas de lois générales. La dynamique
de classes dans le passé ne s’applique pas au capitalisme. En somme,
le matérialisme historique est seulement une illusion. |
| Si la thèse hétérodoxe
es vraie -lors que l’histoire a des lois générales- donc
la stratégie historique qui a suivi la gauche est incorrecte et
doit être revue. Tout ça exige d’abandonner la thèse
orthodoxe et d’essayer de nouvelles voies d’action. |
Nous n’avons pas évidence suffisante pour
découvrir quel est le stamentum révolutionnaire. Le
mouvement "vert", les travailleurs indépendants, les micro-entreprises,
les entreprises familières, l’Internet, peuvent être le stamentum
révolutionnaire. Celui-ci est en train de se développer avec
grand force, en attendant le moment où le capitalisme deviendra,
finalement, un obstacle pour le progrès de la société
humaine. En ce moment, cette stamentum sera visible et conduira
la transformation révolutionnaire de la société capitaliste.
Références:
[ 1 ] Grompone, Juan. Sobre la aceleración
de la historia. Galileo, Facultad de Humanidades y Ciencias, N. 11,
p. 15-34. Montevideo, mayo, 1995.
[ 2 ] Grompone, Juan. The Zeno event. Science
and the acceleration of history. Futures. V. 29, N. 6, August, 1997.
[ 3 ] Grompone, Juan. Recoger las lecciones de
la historia. En "Marx Hoy". Montevideo, 1997.
[ 4 ] Marx, Karl; Engels, Friedrich. Manifest
der Kommunistischen Partei. Milano, 1984.
[ 5 ] Marx, Karl; Engels, Friedrich. Manifeste
du Parti Communiste. Costes Editeur. Paris, 1934.
[ 6 ] Marx, Karl. Das Kapital. Kritik der politischen
Ökonomie. Europäische Verlagsantalt, 1968.
|